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SYMBOLIQUE DE LA CATHÉDRALE GOTHIQUE DE CHARTRES (Partie 2)

Lire la partie 1...

 

À l’origine de la Cathédrale, il y a le lieu qui est un don de la Terre. Puis viennent trois hommes.

• Le premier est l’inspiré de Dieu. Il profère la dédicace qui est, en langue sacrée, cabalistique, comme le reflet du Verbe en ce lieu.

• Le second est un savant. Il résout en Nombres, qui sont des rapports, les lettres et les mots de la dédicace. Il donne le Nombre de ce lieu, qui est le rapport du lieu au Monde, et qui est la mesure.

• Le troisième est le maître d’œuvre. Par lui les Nombres deviennent droites et courbes de matière, figures et proportions de pierre.; poids et lancées d’ogives.


Aux sages.: le Verbe.; aux savants.: le Nombre.; aux œuvriers.: l’Harmonie résolue en matière. À qui ne sait, il reste l’analyse, l’hypothèse, le jeu d’esprit… Les questions.

 

 

6. — LA CATHÉDRALE.: ESPACE DE TRANSMUTATION

 

6.1. — L’ALCHIMIE

 

Comme nous avons essayé de le décrire dans notre première partie, la Cathédrale a été construite pour refléter l’harmonie du cosmos où tout est soigneusement ordonné. Elle est construite d’après la Divine Proportion, qui a également présidé à la formation du corps de l’homme. Or, toute église est le corps du Christ, considéré non comme un individu, mais comme l’homme à la mesure de l’univers qui rassemble en lui toutes les expressions de la création. Chaque lieu saint est un laboratoire d’énergie universelle exprimé (décrits dans la première partie) par divers langages.: la Cathédrale synthèse des 3 mondes (souterrain, terre et atmosphère, ciel) — l’espace sacré (l’axe vertical, le carré du ciel ou l’orientation de l’espace, la quadrature du cercle ou le carré de la terre, le temps met en mouvement l’espace, le modèle de l’homme cosmique et le plan de la cathédrale) — nombre, géométrie sacrée, architecture et musique, vitraux et rosaces.

 

Néanmoins, la Cathédrale n’est pas qu’une simple représentation de l’Univers, mais, par le rite qui s’effectue autour de l’autel, elle devient un espace de communication entre l’homme et les principes cosmiques. Parce qu’elle est comparable à un broyeur atomique ou sont concentrées des puissances bénéfiques dont la permanence est entretenue par des rites. La même analyse a été faite par des égyptologues à propos des temples pharaoniques. De fait, la Cathédrale, de par tous les paramètres utilisés, reçoit l’énergie cosmique et la redistribue Mais elle est aussi un espace de transfiguration puisqu’elle est capable de transformer le profane en sacré. L’itinéraire du fidèle en est un exemple, partant de l’Ouest, c’est-à-dire du monde de l’ignorance et de l’obscurité, vers l’Est, le monde de la lumière, séjour des origines. Ainsi, la Cathédrale met en évidence un parcours de transmutation de l’être, c’est-à-dire qu’elle lui donne la possibilité de transmuter sa nature profane en vertu spirituelle. Ce pèlerinage vers l’intérieur de la Cathédrale est une véritable opération alchimique. Avec la Cathédrale gothique disparaît le narthex. L’ogive du portail fait le «.travail.».

 

La Cathédrale gothique n’écrase pas l’homme.: elle lui parle car le monde cosmique a pénétré la pierre. Au contraire, elle redresse l’homme et, par cela même, lui fait prendre conscience de lui-même. Ce n’est plus un mouton qui pénétrera dans l’église mais, bon ou mauvais, un homme. Après l’involution, l’évolution est en route.

 

L’ALCHIMIE du Moyen-Âge était considérée comme la science des transmutations. Celles-ci pouvaient s’opérer tant au niveau physique que psychique ou spirituel… illustrées par le vieil adage de transmutation du plomb en or. Un certain nombre de cathédrales présentent dans des médaillons les signes de connaissance alchimique, en particulier la Cathédrale Notre-Dame de Paris. La recherche alchimique dépasse largement l’investigation matérielle et répond plutôt à la croyance selon laquelle tout provient d’une seule substance dont nous sommes actuellement un des aspects différenciés et que le but de l’évolution serait le retour conscient de ces entités particulières à l’unité originelle. Ainsi, l’Alchimie serait-elle la pratique à travers laquelle la matière, la psyché et l’esprit pourraient retourner à l’unité primordiale, c’est-à-dire à Dieu. La vocation de l’Alchimie, comme celle de l’Architecture sacrée, qui au Moyen-Âge, étaient toutes deux appelées «.Art Royal.», était avant tout de permettre à l’être de se transfigurer et de se libérer de sa prison matérielle, c’est-à-dire d’opérer une véritable mutation intérieure, et non seulement un changement extérieur.

 

Cette technique d’ascèse matérielle et spirituelle se réalisait à travers trois œuvres.:

 

La première est appelée Œuvre au Noir.: elle consiste à dissoudre la matière première (que ce soit un métal, une pensée, une sensation ou un défaut), afin que celle-ci récupère son état grossier et impur du départ La matière première peut être d’ordre physique, psychique ou spirituel.: c’est ainsi que certains psychologues, comme Jung, ont repris ce cheminement de l’œuvre pour expliquer le fonctionnement de la psyché. L’Œuvre au noir représente, dans le discours spirituel, la descente aux enfers, où l’être recherche la cause de la douleur. C’est la traversée du désert de Jésus, la Caverne de Platon, le Cabinet de Réflexion dans les Ordres traditionnels, etc.

 

L’Œuvre au Blanc permet de sortir de cet état infernal par la capacité de créer un élan vertical et ascensionnel, c’est un mouvement de purification, ouvrant le passage à la troisième de l’Œuvre qui, elle, permet à l’esprit de s’incarner vers la phase suivante.:

 

L’Œuvre au Rouge permet de transmuter la matière, de lui faire dépasser sa nature particulière, en la reliant à l’universel.

 

Si l’Ascension peut être associée à l’Œuvre au Blanc, la Pentecôte correspond à l’Œuvre au Rouge. Ces trois parties, de l’Œuvre (qui en fait est un), s’associent également aux trois parties de l’être humain.: le corps, l’âme et l’esprit. Dans une tradition du Moyen-Âge, elles sont reliées dans la Cathédrale à la coupe du Graal, chaudron magique permettant d’obtenir l’élixir de longue vie, mais aussi élixir alchimique par excellence.

 

6.2. — LE GRAAL

 

Selon les textes, le Graal est représenté par une coupe ou un vase sacré, ou une pierre précieuse, mais aussi par un plat creux porté par une vierge, ou encore une sorte de talisman. Selon René Guénon, dans son ouvrage le «.Roi du Monde.» et dans la mouture chrétienne des Romans de la Table ronde.: Le Graal est un vase sacré et un breuvage d’immortalité, car il servit à Jésus-Christ lors de la Cène et fut ensuite utilisé par Joseph d’Arimathie pour y recueillir le sang et l’eau qui coulaient de la blessure faite au flanc du Christ, par la lance du centurion Longin. Cette coupe aurait été, toujours d’après la légende, transportée en Grande-Bretagne par le même Joseph d’Arimathie et Nicodème, ces deux personnages représentant respectivement le pouvoir royal et le pouvoir sacerdotal.

 

La légende dit également que cette coupe aurait été taillée par les anges, dans une émeraude tombée du front de Lucifer lors de sa chute (avant sa chute, Lucifer était l’ange de la Couronne, c’est-à-dire Kether, la première Sephira de l’Arbre Séphirotique). L’émeraude rappelle la perle frontale qui, dans le symbolisme hindou, tient souvent la place du troisième œil. Il est dit ensuite que le Graal fut confié à Adam dans le Paradis mais que, lors de sa chute, Adam, le perdit à son tour, car il ne put l’emporter avec lui lorsqu’il fut chassé de l’Éden. L’homme, écarté de son centre originel, se trouvait dès lors enfermé dans la sphère temporelle.; il ne pouvait plus rejoindre le point unique, d’où toutes choses sont contemplées sous l’aspect de l’éternité. Seth obtint de rentrer dans le paradis terrestre, le centre du monde, et put ainsi recouvrer le précieux vase. Le nom de Seth exprime les idées de fondement et de stabilité et, par suite, il indique la restauration de l’ordre primordial détruit par la chute de l’homme.

 

La perte du Graal, par l’humanité adamique, peut symboliser l’éloignement de celle-ci vis-à-vis de la tradition primordiale. Mais cette tradition primordiale existe.; elle est conservée dans les hauts lieux spirituels, insensibles aux modes et changements des sociétés.

 

La quête des chevaliers de la Table Ronde est celle de ce vase gardé, conte la légende, dans le Château Aventureux du Roi pêcheur (nous sommes à l’ère des Poissons).

 

Par ailleurs, l’histoire des Croisades révèle que, après la prise d’Ascalon, un vase sacré échut aux Génois, un vase de forme octogonale, en or, et c’est de ce vase que serait née la légende du Graal…

 

Seulement, la légende chrétienne du Graal n’est qu’une adaptation d’une légende celte bien antérieure. Et le mot.: Graal est, lui-même, un vocable celte. Cependant, son origine est encore bien antérieure aux Celtes. Il semble que le mot est dérivé de la racine «.Car.» ou «.Gar.», qui a la signification de «.pierre.». Le Gar-Al, ou Gar-El, pourrait être soit le vase qui contient la pierre ou le vase de pierre (Gar-Al), soit la Pierre de Dieu (Gar-El).

 

Les deux étymologies sont d’ailleurs, très proches. Dans les deux premiers cas, il s’agirait du vase où se fait la «.Pierre.».; dans le second, il serait question de la «.Pierre.» elle-même. Il est indubitable que le symbole est alchimique.

 

On ne peut, en effet, séparer le mot Graal de celui de «.Chaudron.». Au temps du celtisme primitif, c’était le chaudron (caldron) de Lug que, sur un feu très particulier, on faisait cuire les «.médecines universelles.». Sous quelque nom que ce soit, il désigne, avec constance, un vase dont le contenu se divinise.; est pénétré par la Divinité.; est, de ce fait, transmuté. Il s’agit d’alchimie, qui est l’art et la science de recueillir, fixer et concentrer le courant vital qui baigne les mondes et est responsable de toute vie. La concentration que parviennent à obtenir les Adeptes et qu’ils fixent sur un soutien est ce que l’on nomme la Pierre philosophale.

 

Au plan spirituel, le Graal désigne une voie d’approche vers le divin, vers une participation telle, que ce n’est plus l’homme qui cherche à appréhender Dieu, mais Dieu qui se voit dans l’homme. Le Graal c’est l’accession au secret de la vie universelle, c’est une réalité divine, une présence permanente.; c’est la révélation totale et absolue de la sagesse universelle, c’est la suprême initiation… C’est encore l’expression de l’immortalité ou de la connaissance obtenue au prix de la mort à l’état présent, donc de la renaissance initiatique ou supra humaine. La légende est universelle, car elle contient l’univers et chaque mystique, quels que soient son, état, son origine, sa voie et ses bases religieuses, qu’il vive en Occident ou en Orient, qu’il soit chrétien, musulman ou juif, aspire en dernière analyse à parvenir, par les étapes initiatiques qu’il franchit, à la royauté du Graal, au secret des secrets… La conquête du Graal est une voie active qui renferme la parole, la lumière et la vie. Cette voie qu’empruntent les chevaliers de la Table Ronde, c’est-à-dire, ceux qui sur terre ont été admis à traverser les épreuves initiatiques d’une tradition authentique et reconnus pour accéder en fin de compte, à la chevalerie céleste.

 

L’œuvre divine, dans sa réalité permanente, est le sacerdoce éternel et l’Ordre du Graal, c’est l’expression de l’Ordre de Melchisédech. Cette Ordre demeure, à jamais, dans la vérité, permanence et universalité. Il est le but ultime à atteindre. Il est invisible et présent. En lui, sont cachés le Graal et la parole…

 

Le Graal a son origine dans la Tradition primordiale et il est directement lié au symbolisme des hauts lieux, «.des centres spirituels.» avec leur centre suprême qui est représenté par la Terre Sainte de l’ésotérisme chrétien, juif et islamique, dont les racines profondes plongent dans Abraham, lui-même investi et béni par Melchisédech, et dont Saint Paul dit «.Il est sans père, sans mère, sans généalogie. Il n’a ni commencement, ni fin de vie, mais il est fait ainsi, semblable au fils de Dieu, et demeure prêtre à perpétuité.».

 

Où qu’il vous soit donné d’en prendre le cours, la lente remontée vous conduit au même sommet.; La source est unique qui a donné vie au celtisme, au judaïsme, à l’islam et au christianisme. Dans la «.cité.», dans le centre spirituel, le Graal à jamais demeure.

 

6.3. — LES TROIS TABLES DU GRAAL

 

Trois tables ont porté le Graal.: une table ronde, une table carrée et une table rectangulaire. Toutes les trois ont la même surface et leur Nombre est 21. Or la table rectangulaire, c’est celle de la Cène. La table mystique, chrétienne, celle qui est appelée à supporter l’autel et, effectivement, les chœurs d’églises chrétiennes sont généralement rectangulaires, Chartres est sans conteste dans cette catégorie. Il nous reste à déchiffrer la signification de 21. En fait, c’est d’une simplicité biblique, il ne faut pas lire 21, mais 2 et 1. Il s’agit en fait d’une table rectangulaire de longueur double de celle de la largeur, bien connue des ordres traditionnels (carré long). Cette proportion de 2 et 1 est utilisée dans les temples égyptiens et grecs.; celle aussi du Temple de Salomon jusqu’au Saint des Saints. La figure jouit aussi de quelques propriétés géométriques assez intéressantes. En effet, le rectangle de proportion 2/1 à une diagonale égale à √ 5. Si, à cette diagonale, on ajoute la largeur du rectangle et qu’on divise cette nouvelle longueur par 2 on obtient une longueur égale à (√ 5 +1)/2.= 1,618, qui est le nombre d’Or, limite de la série de Fibonacci. Outre diverses propriétés dont jouit ce Nombre — qui est le rapport à l’unité — et sur lesquelles ont été écrits de forts savants ouvrages, il possède celle-ci.:

1,618.= (1 + 1,618).= (1,618 X 1,618).= 2,618

0,618

 

Or, 2,618 x 12/10.= 3,1416.= Pi 3,1416, c’est la constante qui permet de trouver le périmètre et la surface d’un cercle dont on connaît le diamètre. Et 12/10 c’est l’intervalle musical de tierce.; l’intervalle entre la gamme majeure et la gamme mineure… Nous retrouvons cet intervalle à propos de l’élévation de la cathédrale, mais l’important, actuellement, est que la Table rectangulaire 2/1 contienne la racine de la transformation d’une surface angulaire en surface circulaire.; d’où la possibilité de déduire la surface de la Table ronde de celle de la surface rectangulaire. Il s’agit de la quadrature du cercle.; non point sur le plan des mathématiques de laboratoire, mais sur celui de la géométrie de construction.

 

Porte spirituelle pour accéder à l’éternité, la cathédrale possède trois clés. La première clé ou table ronde, impose à l’homme de se transformer en Thésée et de descendre au plus profond de sa nature ténébreuse pour y affronter son Minotaure, son instinct encore animal, et le maîtriser. Dans l’alchimie, c’est aussi l’Œuvre au Noir, la descente aux enfers, première étape de la transmutation.

 

La deuxième clé, ou table carrée, permet de transformer l’instinct maîtrisé en intelligence et donne accès aux lois de la Nature, c’est l’Œuvre au Blanc, la purification.

 

La troisième clé, étape finale ou table rectangulaire, porte de l’éternité, est représentée par l’autel, lieu du sacrifice, du don de soi, au profit de l’humanité, c’est l’Œuvre au Rouge.

 

Ce parcours initiatique est réalisé dans la cathédrale de l’Ouest vers l’Est, c’est-à-dire en remontant le temps vers les origines, vers le lieu de la naissance spirituelle. La mise en situation de l’homme dans la cathédrale ouvre la voie de l’Alchimie spirituelle. Il s’agit de comprendre cet espace comme un outil de communication avec l’invisible, qui offre en même temps les règles de sagesse à acquérir par le néophyte.; C’est par une transmutation profonde que l’homme de fer (matériel) deviendra un homme d’or (spirituel).

 

L’homme devenant, en quelque sorte, le «.vase.», le «.Graal.» et son contenu, trois voies d’accès à la «.mutation.» lui sont offertes, qui sont représentées et conditionnées par les trois tables.: la ronde, la carrée et la rectangulaire ou, pour s’exprimer de façon moins allégorique.; l’Intuition, l’Intelligence et la mystique. Il va sans dire qu’il s’agit de trois manifestations évidentes, mais non préhensibles par les sens, de la personnalité humaine. Quels rapports existent entre ces trois facultés et les tables rondes, carrées et rectangulaires.?

 

6.3.1. La table ronde

 

La table ronde a été manifestée très tôt dans l’histoire de l’humanité. Les Cromlechs, les Ronds de Fées sont des tables rondes. On la retrouve dans la représentation de la croix celtique qui est entourée d’un cercle. Elle est très souvent située sur certaines émergences des courants telluriques et semblait servir de piste de danses pour des rondes rituelles en trois phases et trois cercles. L’homme qui tourne s’évade dans l’espace. Mais s’évader de l’espace, c’est également s’évader hors du temps. Il est permis de se demander jusqu’à quel point l’homme qui tourne dans certaines conditions ne devient pas visionnaire.? Nous devons penser aux dons prophétiques des Druidesses qui se manifestaient dans une sorte de délire pendant la danse.; David dansant devant l’Arche en prophétisant, les derviches tourneurs, les rondes menées par l’évêque lui-même dans la cathédrale de Chartres en période pascale, etc., en sont des exemples. Dans ces cas de danses, n’y aurait-il pas la recherche d’un état s’approchant de l’état médiumnique et permettant une incorporation dans les rythmes naturels.? La table ronde était représentée, devant le Temple de Salomon, par la Mer d’Airain qui contenait de l’eau et dont les proportions déterminées étaient en rapport avec le poids de la Terre. Les Templiers — et pas seulement eux — ont fait de la table ronde, le centre de leurs églises. C’est en ce centre qu’ils plaçaient l’autel.

 

6.3.2. La table carrée

 

La table carrée demande, à expliquer, plus de subtilité. Elle est la «.quadrature.» de la table ronde. Elle doit permettre le passage à la conscience des connaissances instinctives.; c’est une table d’initiation intellectuelle. Sa présentation la plus fréquente est l’échiquier.; c’est aussi la primitive marelle devenue jeu d’enfants, mais qui à l’origine était table d’abaques, table de Nombres. C’est encore la table de Pythagore, qui n’est pas seulement une table de multiplication. Le symbole le plus «.parlant.» de cette table est, naturellement, l’échiquier que seuls peuvent parcourir, dans tous les sens, la Dame et le Cavalier, montant la cavale, la «.cabale.», la connaissance. On remarquera que le jeu du Cavalier utilise le cercle dans le carré, alors que Tours et Fous sont réduits à demeurer dans leurs verticales ou diagonales. L’indication est précieuse, car on ne se promène pas dans les Nombres par la seule vertu du cerveau (seulement dans les chiffres), pas plus qu’on ne fait de musique en additionnant des notes. Il y faut une initiation, au moins instinctive, aux lois de l’harmonie, aux lois naturelles.

 

C’est une table piège dans le parcours de laquelle l’intellect, livré à lui-même, s’illusionne sur ses propres créations et se trouve aussi «.piégé.», dans ses illusions, que le Fou ou la Tour dans leurs lignes. Réaliser la quadrature du cercle, c’est transformer l’initiation instinctive en initiation consciente, raisonnée, active. Il y faut «.monter la cavale.» c’est-à-dire la cabale. En poussant plus loin l’analyse, on pourrait dire que la table carrée n’est pas une table de vie, mais une table d’organisation.; seulement, elle suppose une connaissance réelle de la matière.; la table carrée se retrouve dans la pyramide, dans le Saint des Saints du Temple de Jérusalem, etc. Il y a aussi des relations décimales qui unissent la table carrée de Chartres avec la table de la grande pyramide de Kheops.

 

6.3.3. La table rectangulaire

 

La table rectangulaire est une table mystique, une table de révélation. Elle n’a pas d’explication ni même d’approche intellectuelle possible. Elle est la table de la Cène, la Table du Sacrifice de Dieu.

 

6.3.4. La coudée de Chartres

 

L’analyse des dimensions de l’immense vaisseau, qu’est la Cathédrale de Chartres, permet facilement de l’approcher. Et les chiffres imposent, eux-mêmes, une première constatation. En mètres, les mesures les plus «.notables.» de la cathédrale intérieure sont proches des nombres.: 37, 74, 148. Le chœur a, environ 37 mètres de long et 14, 80 m de large.; la nef, de même largeur, a environ, 74 mètres de long. La voûte a 37 mètres de haut… Une première hypothèse de travail peut être fondée sur ces dimensions — ou des dimensions très proches. Par exemple, la nef à une longueur double de celle du chœur, et la longueur totale du vaisseau central, du rond-point du chœur (compris) aux portes, est de 110,76 m.; Divisé par trois, cela donne 36,92 m. D’autre part, les piliers du vaisseau central, si l’on fait abstraction des colonnettes qui les cantonnent, ayant un diamètre de 1,60 m, le «.vide.», la largeur à vide du chœur est de 14,78 m, ce qui fait, à très peu près, quatre fois 3,69 m. Il semble donc qu’une mesure très proche de 0,369 m ait été employée ou, plus probablement, en ce qui concerne le plan au sol, une longueur double de celle-ci, plus facile à utiliser.: 0,378 m, que nous pourrions appeler, faute d’autre terme.: la «.Coudée de Chartres.». Et l’on peut relever en coudées les dimensions suivantes.:

 

Chœur.: Largeur.: 20, longueur.: 50 — longueur de la nef.: 100 — longueur des transepts.: 90 — hauteur de la voûte.: 50.

 

Cette coudée se retrouve, par ailleurs, dans l’épaisseur des piliers octogonaux (2 fois), dans la largeur des tours (20 fois), dans le rayon de construction des chapelles rondes de l’abside (5 fois), etc. On ne peut parler de coïncidences devant un emploi aussi systématique. Et nous pouvons retrouver cette coudée, ou ses multiples, ou des fractions simples, dans bien d’autres mensurations. Mais, qu’est donc cette coudée de 0,378 m.? Eh bien, c’est, tout simplement, LA CENT MILLIÈME PARTIE DU DEGRÉ DU PARALLÈLE DE CHARTRES. S’agit-il d’une coïncidence.? Elle ne serait pas alors la seule. Par exemple Reims est situ à 49° 14’ de latitude Nord, ce qui donne un degré de parallèle de 71 km, environ. La mesure de la «.coudée.» de Reims, devrait donc être de 0,71 m. Or, la longueur de la cathédrale de Reims est de 142 mètres, et la longueur intérieure des transepts est très proche de la moyenne géométrique entre 71 et 35,5. les calculs sont identiques pour Amiens qui est situé à la latitude de 49°52’, ce qui donnerait une coudée de 0,70 environ. La hauteur de la voûte est de soixante fois 0,70, et la longueur des transepts, de 70 mètres.

 

Il est évidemment, très désolant de retirer aux gens d’aujourd’hui l’illusion qu’ils ont découvert la Lune, alors que leurs ancêtres, les yeux obstinément fixés sur le sol, à la recherche des silex, ne l’avaient pas remarquée. On m’opposera, probablement, que la valeur du degré du parallèle de Chartres, n’est pas de 73,80 Km mais plus proche de 73,699 Km.; mais ce chiffre même n’est pas exact car nous n’avons, du rayon terrestre, que des approximations, et nous ignorons la forme exacte de la Terre. De plus, les mensurations de la cathédrale n’ont pas été faites au millimètre et les différents métreurs ne sont pas parfaitement d’accord entre eux. Il est probable, sinon certain (ou ce serait, alors, une coïncidence.!), que la mesure absolument exacte employée à Chartres n’a pas été 0,738, mais il est sûr qu’elle est très proche de cette valeur.

 

Il est impossible en 10 pages d’énumérer et étayer toutes les sciences et mesures et d’apporter de surcroît des éléments corrélatifs, mais à mon niveau de recherche, je peux néanmoins dire que la cathédrale est un instrument musical jouant sur des résonances et c’est bien pourquoi sa partie principale est le vide, qui est sa caisse de résonance. Tout l’art et toute la science du maître d’œuvre ont été d’accorder musicalement ce vide, en qualité, volume et tension, la pierre qui le délimite. Analyser la cathédrale sous cet angle serait affaire de luthier. On avait, d’ailleurs, remarqué que certaines proportions au sol avaient leurs équivalents dans les intervalles de la gamme et que l’on y retrouvait aisément les proportions chères à Platon. Ainsi avait-on remarqué que la longueur des transepts était en relation de quinte avec la longueur du vaisseau central.; que la longueur de la nef était en relation d’octave avec la longueur du chœur.; que la largeur de la nef était, également, en relation d’octave avec la largeur des bas-côtés. Ce sont des proportions qui se retrouvent, nettement marquées, dans les plans d’élévation. À ce plan de vide, ce plan de résonance, imbriqué dans le plan de construction, devaient normalement correspondre trois tables nouvelles qui, sans doute, se trouvaient en rapport harmonique avec les dimensions numériques du vide. Ces tables, dans les grandes églises des XII° et XIII° siècles, étaient marquées sur le sol par des dessins de dallage qui ont actuellement, presque tous disparus. Aucune table rectangulaire ne demeure, à ma connaissance. Un dallage, qui a disparu, devait marquer, dans le chœur de Chartres, les limites de cette table. Il est probable que l’autel primitif en occupait le centre confondu avec le centre sacré.

 

Je ne parlerais pas, dans le cadre de cet exposé, du mystère musical de construction et du mystère de la lumière.

 

 

6.4. — LA TROISIÈME MESURE

 

Il y a trois tables dans Chartres.

Il y a, également, trois plans.

 

Le premier plan est celui de l’enclôture du lieu.; c’est le plan des limites de la surface, le plan de l’emprise. Il est à deux dimensions et facilement analysable. Sa mesure — son «.module.» — est de 0,82 m.

 

Le second plan est celui du «.vide.» et il comporte l’architecture de l’élévation, c’est pourquoi la mesure utilisée pour la construction est celle de ce second plan. Il ne concerne que le vaisseau central. Les bas-côtés, comme le déambulatoire, ne sont que des lieux de passage, non des lieux de voyage initiatique. C’est le plan de l’harmonie réalisée entre les lignes géographiques, les sons musicaux et les couleurs de la lumière. Il est lié à la position de Chartres sur le globe terrestre, et il s’agit d’une organisation des volumes. Il est à trois dimensions et sa mesure est de 0,738 m.

 

Je ne suis pas parvenu jusqu’à la connaissance du troisième plan, mais seulement à la conviction de son existence. Il n’a peut-être pas de mesure exprimable en termes de longueur, car s’il est «.imbriqué.» dans les deux autres, il dépasse l’apparente inertie de la matière. Il ne peut concerner que la matière vivante, en mouvement. Logiquement, ce doit être un plan à quatre dimensions, dans lequel intervient le temps. C’est un plan «.de mouvement.» car tout, dans la cathédrale, est mouvement.: mouvements antagonistes des pierres tendues comme des ressorts et neutralisant les unes les autres, dans l’instant, leur propre mouvement. Comme il se devait, j’ai déjà mentionné, dans la première partie, l’aspect dynamique de la croisée d’ogives. Son apparence statique ne peut celer qu’elle constitue une voûte vibrante qui se situe dans le temps et dans un espace temporel. La cathédrale vibre au moindre son et, bien que ceci ne soit pas perceptible par nos sens, aux moindres impulsions du courant tellurique dont elle est l’aboutissement. On doit s’imprégner également plus loin s’étend ce rapport dimensionnel de l’église et de l’écoulement du temps puisque la longueur du vaisseau «.vide.» de la cathédrale était la dix millième partie de son déplacement en une heure, par suite de la rotation de la terre autour de son axe. Et tout ceci procède d’un plan qui a, aussi, sa mesure… Mais il n’est pas aisément déchiffrable, bien que le maître d’œuvre en ait certainement laissé les «.clés.» apparentes, comme il le fit pour les autres. Peut-être même «.crèvent-elles les yeux.»… Ce sont sans doute, ces «.clés.» qui permettent d’ouvrir les ports de ce royaume de l’harmonie essentielle de la terre et du cosmos en mouvement.; harmonie dont la loi est peut-être la solution de cette «.Équation de l’Univers.» que la science actuelle recherche en pesant des épiphénomènes, ce qui la limite à n’être la science que des épiphénomènes.

 

Il va de soi que cette «.dissection.» en trois plans n’est qu’un moyen d’analyse et que ces trois aspects de la construction partent d’une unique donnée, comme la cathédrale part d’un point et la plante d’un germe, s’accroissant en se matérialisant selon une loi d’harmonie impérieuse.

 

6.5. — CONCLUSION

 

«.L’espace entre le Ciel et la Terre ne ressemble-t-il pas à un soufflet de forge.? Bien que vide intérieurement, il ne s’épuise jamais. Plus on le meut, plus il exhale, plus on en parle, plus vite on aboutit à l’impasse. Mieux vaut s’insérer en son intérieur..» Tao Te King — chapitre V

 

Le maître d’œuvre de la cathédrale de Chartres cherchait bien autre chose qu’une réalisation esthétique. Il ne faisait pas de l’art, il faisait une cathédrale.? Il a réussi à construire un instrument d’action religieuse, un instrument direct, possédant par lui-même, un pouvoir sur les hommes, un pouvoir de transformation, de mutation de l’homme, par le truchement de différentes disciplines et sciences physiques et métaphysiques ainsi que de la science des nombres, etc. C’est l’instrument de passage d’un monde à un autre.; un pont entre deux mondes, qui géométriquement, s’expriment différemment.: c’est un passage du droit au courbe, aussi difficile à réaliser que le mariage de l’eau et du feu. Et il semble que ce soit ce passage réussi du plan au courbe, cet «.envoûtement.» dans la négation du poids par le poids, cette tension, des pierres, génératrice d’énergie, cette subtile projection d’une harmonie céleste animant la matière, qui soient responsables, à la fois par les sens les plus grossiers et les sens les plus subtils de l’homme, de cette action. C’est en ce lieu, à la croisée des transepts, que tous les Nombres de la cathédrale deviennent sensibles.; là où ils peuvent être appréhendés par les sens. Là concourent toutes les lignes.; là s’affirment toutes les proportions. C’est là que les nombres chantent et alors la cathédrale vivre au moindre son, et, bien que ceci ne soit pas perceptible par nos sens, aux moindres impulsions du courant tellurique dont elle est l’aboutissement.

 

Par conséquent, l’homme médiéval participait à une harmonie collective dont la cathédrale est le reflet, dans ce creuset (cet athanor), l’homme se régénérait comme il avait pu le faire dans la caverne, au sein de la terre. Il vivait une époque riche et tumultueuse et contrairement à ce qui a été trop souvent écrit, ces hommes n’ont pas vécu dans un siècle d’obscurantisme. Au contraire le siècle voulait mettre l’homme debout, dans l’orgueil de sa qualité d’homme, mais un orgueil qui ne saurait exclure l’humilité devant le monde divin. L’humilité de l’homme est lâcheté, le manque d’humilité devant l’univers est sottise. Pour entrer dans l’église gothique, l’homme ne se courbe pas, il se redresse car Dieu l’a voulu debout.

 

Il entre.

 

Et le voici soudain dans un autre aspect de son propre monde. Le voici en un lieu où plus la pierre pèse et moins elle est lourde.; où le poids est à lui-même sa propre négation ; où ce qui pesait s’envole.; où nulle ligne ne courbe l’homme mais, au contraire, l’exalte.; où tout lui conte la terre, dans son aspect le plus dur, mais où tout lui révèle en même temps l’Esprit de cette terre, son harmonie, son chant, son essence divine. Le voici cet homme, oublieux de son propre poids, redressé, allégé par la puissance évocatrice, mimétique de ces lancées de pierres.; le voici dans ce lieu de forces telluriques et cosmiques où il entend vibrer en lui le «.La.» de son accord intime avec le monde entier, peut-être même l’univers visible et invisible. Où il voit, selon l’expression traditionnelle, Dieu «.face à face.»… L’Univers entier compris dans un atome tout autant que l’atome est compris dans l’Univers. L’homme est debout, qui marche vers l’autel, remontant le cours du courant tellurique, l’ineffable don de la Terre Mère, de la Vierge Noire, de la Sainte Anne, de Notre-Dame. Et le voici devant la table ronde, devant le labyrinthe. Mener l’homme à ce point, sinon de compréhension, du moins de «.communion.» avec le Monde, c’est là le sens et le but de la cathédrale.

Pendant tout son voyage, l’homme qui pénétrait dans la cathédrale était baigné d’effluves telluriques, sonores, visuels, lumineux dans lesquels les effets magiques du rite — car le rite est magique, quel que soit le nom qu’on veuille bien lui donner — devaient prendre une ampleur et une puissance extraordinaires, et l’homme devait s’en trouver marqué profondément…

Mais, si le rite, abâtardi, a perdu beaucoup sa puissance, si la disparition de nombre de vitraux protecteurs rend la lumière solaire destructrice, si les hauts parleurs résonnent étrangement faux, et les cantiques plus encore dans ce lieu qui se voulait d’une harmonie sans faille, l’harmonie architecturale est demeurée intacte — ou peut s’en faut — et nul ne peut se vanter, même actuellement, de sortir de la cathédrale de Chartres identique à ce qu’il était avant d’y pénétrer. La cathédrale entraînait donc vers la quintessence du bien-être physique et spirituel.

 

«.Beaucoup de ceux qui cherchent le bonheur spirituel ignorent leur santé physique. Beaucoup de ceux qui cherchent la santé du corps négligent leur développement spirituel. Tous recherchent le fruit sans planter la graine.; ni les uns ni les autres n’obtiennent ce qu’ils cherchent.».

 

 

Livres traitant du sujet et des connaissances périphériques.:

 

• La Géométrie Évangélique — André Deghaye — Dervy

• Géométrie du Nombre d’Or — Robert Vincent — Chalagam Éditeur

• Aperçus sur la Géométrie Sacrée — Pierre Marçais & Denise Rey — Guy Trédaniel Éditeur

• Le message des constructeurs de cathédrales — Christian Jacq — J’ai Lu

• la Tradition cachée des cathédrales — Jean-Pierre Bayard — Éditions Dangles

• Les mystères de la cathédrale de Chartres — Louis Charpentier — Robert Laffont.

• L’Âme du Lieu — Blanche Merz — Dervy

• Hauts Lieux Cosmo-Telluriques — Blanche Merz — Dervy

• Le Mystère des Cathédrales — Fulcanelli — Jean-Jacques Pauvert

• Essai de radiesthésie vibratoire — L. Chaumery et A. de Bélizal — Desforges

• Traité pratique du Feng-Shui (géobiologie) — Guy-Charles Ravier — Sciences et Tradition Éditions de l’Aire.

• La symbolique des cathédrales — Collection homo religiosis — études pour la redécouverte du sacré.

 

 

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jeudi 11 mars 2010, 08:55
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